Pourquoi l’Amarone coûte cher et pourquoi il vaut son prix

Il faut bien le reconnaître : une bonne bouteille d’Amarone della Valpolicella demande un certain budget. Les grands vins sont rarement bon marché : des noms prestigieux de Bordeaux et de Bourgogne, comme Château Margaux ou le Domaine de la Romanée-Conti, peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros la bouteille. Pourtant, même en tenant compte de sa réputation, l’Amarone peut sembler particulièrement cher dès les premiers prix.
Ce n’est ni un hasard ni simplement le supplément associé à un nom connu. L’Amarone coûte cher à produire à chaque étape. De la vigne au chai, le travail est important, les choix sont délicats et les risques nombreux. Les raisins, matière première la plus précieuse du vigneron, représentent une part essentielle de ces coûts : soins à la vigne, sélection et, tout particulièrement pour l’Amarone, traitement au chai. Voici donc pourquoi l’Amarone della Valpolicella peut représenter un investissement conséquent, et surtout pourquoi il peut en valoir la peine.


Pourquoi les raisins coûtent-ils si cher ?
C’est la première préoccupation de toute vinification. L’adage reste vrai : de bons raisins peuvent donner un bon vin, et de mauvais raisins un mauvais vin. On peut malheureusement aussi faire un mauvais vin avec de bons raisins ; en revanche, aucune technique ne transforme une matière première médiocre en grand vin. La qualité exige donc des raisins de grande qualité. L’Amarone ne fait pas exception : les producteurs sélectionnent des fruits issus de parcelles adaptées de la Valpolicella et répondant à des critères précis, avec une sélection et des rendements encadrés par le cahier des charges. À titre de comparaison, les chiffres de 2019 cités dans cet article indiquaient un prix moyen de 90,70 € les 100 kg pour les raisins de Dolcetto d’Alba, dans le Piémont, contre 162 € les 100 kg pour les raisins destinés à l’Amarone, et 172,50 € pour ceux de la Valpolicella Classica.
Quel est le coût de la méthode ?
Les raisins ne sont qu’une partie de l’explication, car ils rétrécissent considérablement pendant le séchage ! L’appassimento entraîne une importante perte d’eau, donnant aux baies un aspect proche de celui du raisin sec. On obtient un jus très concentré et visqueux, riche en sucre qui sera transformé en alcool, mais en quantité réduite. Ainsi, une bouteille de 750 ml peut nécessiter environ deux fois plus de raisins qu’une bouteille issue d’une vinification classique. La quantité exacte dépend des raisins et du rendement, mais le principe est simple : une même récolte donne moins de vin.
Qu’est-ce qui entre encore dans le prix ?
Le reste de l’équation comprend tous les moyens nécessaires à cette élaboration exigeante. Il y a d’abord les équipements supplémentaires, notamment les supports et les locaux ventilés pour le séchage, sans oublier les fûts en chêne destinés à l’élevage. Ensuite, la sélection de raisins de qualité demande généralement des vendanges manuelles plutôt que mécaniques : la qualité n’est pas forcément uniforme dans une grappe, et encore moins sur toute une vigne ou une parcelle. Enfin, les grands vins peuvent bénéficier d’une prime liée à leur réputation, plus marquée chez certains producteurs que chez d’autres. Mais…
L’Amarone vaut-il son prix ?
À nos yeux, oui, pour plusieurs raisons ! Face aux grands noms de Bordeaux, de Bourgogne ou de Champagne, l’Amarone della Valpolicella peut encore offrir un excellent rapport qualité-prix. Les meilleures bouteilles ne sont certes pas bon marché, mais beaucoup restent loin des prix les plus élevés de ces régions, même en primeur. C’est un point essentiel : si la demande et la rareté font monter les prix de certains vins, les contraintes d’élaboration et la qualité du résultat expliquent une grande part du prix de l’Amarone. Cela ne signifie pas que les autres grands vins ne valent pas leur prix ; simplement, l’Amarone della Valpolicella reste un choix particulièrement intéressant pour ce qu’il offre dans le verre.
